Discours et Cérémonies

Retrouvez dans cette page les derniers discours de commémorations de M. François Guy Trébulle, Maire de Verrières-le-Buisson.

Discours de la journée souvenir en hommage à Honoré d’Estienne d’Orves
29 août 2021

Cérémonie du 16 juillet
16 juillet 2021

Commémoration du 18 Juin 1940
18 juin 2021

Commémoration du 18 Juin 1940
18 juin 2021

Chers amis,
En ce 18 juin 2021 nous venons d’entendre résonner dans ce cimetière les mots du général de Gaule, mots immortels car ce sont ceux de l’espérance, car ce sont ceux du refus de la résignation, car ce sont ceux du courage et du sacrifice.
Comme il aurait été facile d’en prononcer d’autres, de dire simplement oui. Oui la bataille de France était une défaite ; oui l’armée française qui avait encore su être héroïque en bien des endroits avait manifesté une impréparation et une incapacité à faire face à l’Allemagne Nazie ; oui les politiques de la 3e République avaient préparé le chaos avant de voter les pleins pouvoirs au maréchal Pétain ; oui l’armistice était accueilli par beaucoup comme une délivrance possible alors même qu’elle n’annonçait qu’un asservissement.
Comme il aurait été facile au Général de Gaulle de rester confortablement au gouvernement, d’accompagner la débâcle, y compris pour essayer d’en limiter les effets.
Et pourtant il a su trouver en lui la force du refus. La force de refuser l’abaissement et la défaite ; la force de se souvenir à quoi était due la fidélité ; la force de s’arracher à sa famille, au prestige de sa position pour se lancer seul ou presque dans une folle équipée où il pressentait qu’était sa dignité et celle de la France.

En cette année 2021 au cours de laquelle nous commémorons l’exécution d’Honoré d’Estienne d’Orves, je crois devoir emprunter à celui-ci les mots par lesquels il s’adressa à son Amiral pour lui expliquer que les semences de l’appel du 18 juin avaient levé, à Alexandrie…

Nous n’avons pas d’enregistrement et c’est peu dire que je le regrette. Cette voix c’est bien celle de celui qui est si digne que Verrières se souvienne de lui et l’honore quand les noms et les mots de ceux qui firent d’autres choix sont désormais et très légitimement tombés dans l’oubli.

Ces mots, les voici :

« Amiral, Je vous exprime mes profondes excuses pour mon départ brutal. J’en ressens profondément la tristesse. Je suis attaché par toutes les fibres de mon cœur à la Marine et à ce bateau dont j’aimais tant l’équipage. Permettez-moi de vous dire combien j’étais attaché à vous qui avez su sauvegarder, ces jours derniers, notre vie et notre honneur. Vous devinez mes sentiments. J’ai été élevé dans le culte de la Patrie – mes camarades aussi j’en suis sûr – mais 1870 et 1914 ont tellement marqué sur mes parents et moi-même que je ne puis concevoir l’asservissement actuel de la France. Sans me permettre de juger le Département, je ne puis me croire qualifié pour reconstruire la France ainsi qu’on nous le propose ; tant qu’il y aura une lueur d’espoir je combattrai pour débarrasser mon pays de l’emprise de cet homme qui veut détruire nos familles et nos traditions. Mes ancêtres se sont battus jusqu’au bout, je ne puis faire autrement que les imiter. Si j’ai attendu si longtemps, depuis l’armistice, c’est que j’ai voulu, d’abord, ne pas m’en aller avant ce désarmement à la suite duquel le travail de l’État-major sera plus réduit. Et surtout, à la suite de l’affaire d’Oran, je n’eusse voulu à aucun prix servir la marine britannique. Il m’a fallu trouver un chef français indépendant. Je l’ai trouvé hier et vais me ranger sous ses ordres. Je sais, Amiral, à quoi je m’expose. Je vous demande seulement que ma désertion soit annoncée d’une façon telle que les autorités allemandes, qui contrôlent le lieu de résidence de mon épouse et de mes quatre enfants n’en soient pas avisées. Cela est évidemment fort difficile étant donnée l’emprise de ces gens-là sur les autorités françaises. Excusez, Amiral, cette trop longue lettre qui paraît un plaidoyer. Je sais qu’il est inutile auprès de vous. N’y voyez que la marque d’un profond respect et l’expression d’un dévouement très respectueux. »

Oui Honoré d’Estienne d’Orves avait bien vu, vécu, le continuum de 1870 à 1940 (il ignorait qu’il y aurait 1945 encore qu’il s’employa à hâter la victoire).

Oui, il fallait que le chef parle pour pouvoir être reconnu, trouvé.

Oui surtout, on peut être saisi de la parenté des approches entre Charles de Gaulle et Honoré d’Estienne d’Orves « tant qu’il y aura une lueur d’espoir je combattrai pour débarrasser mon pays de l’emprise de cet homme qui veut détruire nos familles et nos traditions. »

Ils ont tenu parole.

L’un et l’autre, comme tant d’autres, sont allé jusqu’au bout, pour la France, pour l’honneur.

Recueillons-nous en souvenir de celui qui lança l’appel et de ceux qui y ont répondu.

En souvenir aussi de ceux qui n’ont pas pu ou voulu répondre.

Nous n’avons pas à juger, l’histoire s’en est chargée

Juste à nous rappeler où est l’exemple et où est le danger.

A nous interroger aussi : qu’en faisons-nous ? que ferons-nous de cet appel qui aujourd’hui encore résonne ?

Il y a dans l’appel du 18 juin quelque chose qui dépasse les circonstances et traverses les ans ; comme un écho profond à ce qui nous constitue et dont nous sommes les gardiens… comme hier, aujourd’hui et demain.

Fête de l’Europe et Fête nationale de Jeanne d’Arc et du Patriotisme
9 mai 2021

Fête nationale de Jeanne d’Arc et du patriotisme
Journée de l’Europe
9 mai 2021

En 2020 par un bienheureux hasard du calendrier nous célébrions la fête nationale de Jeanne d’Arc et du patriotisme le même jour que la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions. Cette année c’est la journée de l’Europe qui prend place le même jour. Ceci aussi est heureux.

Il faut remonter au 8 juin 1894 lorsque fut débattue au Sénat la proposition d’instituer une fête nationale de Jeanne d’Arc, fête du patriotisme, pour comprendre ce sur quoi se fondait le législateur. Joseph Fabre qui portait le projet s’en expliquait « nous, républicains, nous plaçant à un point de vue élevé, mettant la patrie au-dessus de tout, nous voulons faire de la glorification de Jeanne d’Arc la glorification du patriotisme”.
Ce vibrant républicain en un temps où les débats sur la nature du régime étaient encore vifs exprima la « conviction profonde que l’établissement d’une fête nationale de Jeanne d’Arc est une des plus grandes choses que puisse accomplir la République”.
Il en appelait à l’Union de tous les Français, à oublier « les misérables querelles de parti et de secte pour glorifier purement et simplement l’héroïne que nous n’expliquons pas tous de même mais que nous admirons à l’envi »…/… « la fille du peuple qui la première a donné à son pays la conscience de lui-même, et qui par le miracle de sa vie et aussi par la sublimité de son martyre, s’est élevée à une telle hauteur d’héroïsme que non seulement les français, mais encore les étrangers, reconnaissent en elle le type le plus pur de la beauté morale en même temps qu’ils avouent qu’elle n’a pas seulement vaincu et souffert pour la France, mais pour tous les peuples dont elle a incarné les droits en face de l’esprit de conquête. »
Dans son très beau propos duquel il faudrait reprendre plus de mots, Fabre invitait à repousser « ces doctrines de mort qui prétendent enfermer l’humanité dans l’utile ! Ne voyant que ce qui sert à la vie, elles oublient ce qui en fait le prix ». Comme il avait raison de célébrer le besoin d’idéal et de nous rappeler, en 1894, qu’il y a « en chacun de nous, autre chose qu’une machine de production et de consommation, il y a l’homme ». Comme il parle pour notre temps ! Comme il est actuel le défi que représentent aujourd’hui plus qu’hier encore ces doctrines de mort qui prétendent enfermer l’humanité dans l’utile et comme ils sont nombreux les lieux où l’homme est réduit à l’éternel et vain dualisme production/consommation auquel les temps les plus récents se contentent d’ajouter le divertissement.
C’est à Fabre encore que l’on doit cette invitation à en finir « avec ces misérables querelles: Elle est à nous. – Non, elle est à nous”. A cela il répond avec assurance : “ Elle n’est ni à vous ni à nous; elle est à tous ; elle est à la France”. Et comme il avait raison… et comme aujourd’hui encore Jeanne d’Arc est à tous, est à la France.
Votée au Sénat, cette proposition dût attendre 1920 pour être reprise par la Chambre bleu horizon à l’initiative de Barrès qui magnifia lui aussi dans la personne de Jeanne une authentique figure d’unité. « Il n’y a pas un Français, quelle que soit son opinion religieuse, politique ou philosophique, dont Jeanne d’Arc ne satisfasse les vénérations profondes. Chacun de nous peut personnifier son idéal.
C’est à lui, qui n’ignorait pas l’esprit partisan, que l’on doit cette formule toujours actuelle « tous les partis peuvent se réclamer de Jeanne d’Arc. Mais elle les dépasse tous. Nul ne peut la confisquer ». Comme il faut s’en souvenir en ces jours encore, Nul ne peut la confisquer… et oui, Jeanne d’Arc est à tous, est à la France.
L’an dernier nous nous retrouvions au lendemain de la fête de l’Europe. Cette année nous voici le jour même. Pas plus de paradoxe hier qu’aujourd’hui. Jeanne n’est d’aucun parti.
En cette année d’élections qui en précède une aux enjeux plus symboliques encore il nous faut le redire, Jeanne n’est d’aucun parti, n’appartient à personne car elle nous fut donnée, car nous l’avons choisie, précisément pour ceci qu’hier comme aujourd’hui il y a dans sa geste un message pour chacun.
Humble et cachée, inspirée, aventureuse, hardie capitaine, harassée et travaillée par le doute, victorieuse, heureuse, fêtée, abandonnée, trahie, capturée, humiliée, souffrante, confessante, victime… éprouvant au cœur la morsure de la peur, seule, désespérée mais espérant encore… inspiratrice … elle rejoint chacun dans une part de son intimité.
Jeanne est une figure historique devenue légendaire, l’incarnation du fait que l’impossible peut se réaliser. Condamnée et exécutée elle atteint par le sublime de son martyre une dimension universelle.
En 1894 d’abord, en 1920 ensuite, le législateur a voulu, à côté de la prise de la Bastille, de la fête de la fédération, du 14 juillet, doter le pays d’une autre fête nationale en hommage à Jeanne d’Arc dont la figure, cela a été relevé, parlait autant sinon plus aux républicains qu’aux monarchistes, aux humbles qu’au puissants et finalement autant à ceux ne croyant pas qu’à ceux appartenant à une Eglise qui pour l’avoir réhabilité et portée sur ses autels n’en avait pas moins couvert sa condamnation par un tribunal ecclésiastique présidé par un évêque ancien recteur de la Sorbonne…
En 2021 qu’elle semble lointaine la querelle des armagnacs et des bourguignons… ce sont ces derniers pourtant qui appelèrent les anglais à leur secours ; eux qui leur vendirent Jeanne qu’ils avaient capturée pour qu’ils décident de son sort. On connaît la suite, le tribunal ecclésiastique, le scandaleux procès, la sentence confirmée par la Sorbonne, le bûcher, la mort, la postérité… Le drame de Jeanne d’Arc est un drame très français.
Jeanne, sublime figure de jeune fille, de femme, qui change le cours de l’histoire, Jeanne, est bien loin de la princesse Tyrienne enlevée par Zeus… pourtant elle est d’Europe ! Fille de cette Loraine toujours européenne, fille comme nous tous d’Athènes, Rome et Jérusalem. Fille de France aspirant à la paix dans le respect par chacun de la souveraineté des autres.
En ce 9 mai 2021, au lendemain des célébrations du 76e anniversaire de la capitulation de l’Allemagne nazie, nous célébrons aussi l’anniversaire de la déclaration de Robert Schuman, autre Lorrain, le 9 mai 1950.
En ce 9 mai 2021 nous pouvons assumer qu’il n’y a rien d’opposé entre la célébration de la fête nationale d’une héroïne française et du patriotisme et l’acte fondateur de la Communauté européenne.
Rien ne s’oppose car c’est dans la dynamique européenne que, depuis 1950, la France comme ses partenaires veut penser sa grandeur.
Que sont cinq ans au regard des horreurs traversées, de la torture, de l’ignominie, de l’humiliation infligée et de celle ressentie, de la mort, de la mort encore, de tant de morts inexpiables ?
Que sont cinq ans face aux villes dévastées, aux familles endeuillées, aux corps et aux esprits encore meurtris, broyés ? L’écho des bruits de bottes et des ordres aboyés, l’écho des alarmes et des détonations, des cris, des pleurs… l’écho de la guerre retentissait encore après cinq ans qui étaient pour beaucoup comme un instant.
Cinq petites années qui pourtant ont suffi.
Cinq petites années entre 1945 et 1950 et pourtant c’est un autre siècle qui commence.
Cinq petites années et au lieu de songer à se venger encore, les uns et les autres acceptent la proposition à eux faite par un homme, Robert Schuman, de rendre la guerre entre eux impossible en partageant ce avec quoi les armes sont forgées et les corps réchauffés ; en partageant à la fois le charbon et l’acier.
Non ces communautés, CECA puis CEE, ne sont pas avant tout l’Europe des marchands, elles sont communautés de paix.
S’il s’agissait d’industrie, il s’agissait de paix. S’il s’agissait de commerce, il s’agissait de paix.
Robert Schuman, Père de l’Europe, ne disait pas autre chose « La solidarité de production qui sera ainsi nouée manifestera que toute guerre entre la France et l’Allemagne devient non seulement impensable, mais matériellement impossible. L’établissement de cette unité puissante de production ouverte à tous les pays qui voudront y participer, aboutissant à fournir à tous les pays qu’elle rassemblera les éléments fondamentaux de la production industrielle aux mêmes conditions, jettera les fondements réels de leur unification économique. »

L’Europe, est culturelle et Schuman l’assume dans son célèbre « pour l’Europe » : “L’Europe, avant d’être une alliance militaire ou une entité économique, doit être une communauté culturelle dans le sens le plus élevé de ce terme”. Mais les pères de l’Europe sans contester cette primauté culturelle avaient compris que cela ne suffisait pas. L’Europe culturelle, elle existait déjà et, bien malgré elle, la guerre avait pu revenir. Il fallait plus encore ; il fallait que les intérêts convergent tellement que nul ne puisse réinstiller de ferment fratricide dans l’âme européenne.
Il fallait que cette culture mobilisée, guidée, puisse conduire à construire le désir d’unité.
L’effroi que la guerre avait laissé explique certainement ce qui conduisit les pères de l’Europe, et les peuples avec eux, alors que tous avaient traversé le conflit, à accepter de prendre le risque de la communauté ; tous les autres chemins conduisaient à l’impasse.

Oui l’Europe esquissée en 1950 est celle à laquelle nous devons la paix et l’essentiel de notre prospérité.
Oui l’Europe est le précieux cadeau que l’une des générations qui a le plus souffert de l’absence d’unité à offert à notre continent et au monde ; puisant dans ses souffrances la force du pardon et la conscience qu’il n’y avait d’avenir que partagé.
Grace à Robert Schuman nous savons qu’il n’y a pas d’opposition entre la patrie et l’Europe mais que, tout au contraire, les Français ne seront pleinement dignes de leur héritage qu’en s’inscrivant dans les traces qu’il a ouvertes avec Adenauer, de Gasperi et quelques autres, Pères de l’Europe parce que fils d’Europe, fidèles à leurs patries et à leurs descendants et auxquels nous devons tant de ce que nous sommes.
En cette année 2021, ici à Verrières, la journée de l’Europe prend un tour très particulier et nous ne pouvons qu’associer dans nos pensées, nos amis d’Hövelhof avec lesquels depuis 50 ans nous traçons un chemin partagé. Ils traversent comme nous les épreuves de ce temps ; nous nous retrouverons aussitôt qu’il sera possible pour nous redire notre attachement, notre amitié et ensemble à nouveau continuerons d’avancer.

Je vous remercie.

  • Dimanche 9 mai 2021, Fête de l’Europe et Fête nationale de Jeanne d’Arc et du Patriotisme.
  • Dépôt de gerbe à 9h30, Esplanade Thomas Joly

Commémoration du 8 Mai 1945

  • La cérémonie commémorative de Verrières a eu lieu à 10h au cimetière du Village.
  • Les Verriérois étaient invités à s’unir d’intention en raison des conditions sanitaires et peuvent revoir la cérémonie sur la page Facebook de la Ville : Facebook.com/Verriereslebuisson

Discours de M. le Maire, François Guy Trébulle

Madame la Sénatrice, Chère Laure,
Monsieur le Député, Cher Cédric,
Merci de votre présence qui inscrit magnifiquement la présence de la République dans notre réalité verriéroise.

Monsieur le Commandant, merci à vous d’être présent aujourd’hui ; nous y sommes particulièrement sensibles à l’heure où la police a, une nouvelle fois, été douloureusement meurtrie, nous partageons la souffrance et le deuil de tous les membres des forces de l’ordre.

Messieurs les présidents d’associations d’anciens combattants,

Mesdames et Messieurs les présidentes et présidents d’associations,

Chers collègues,

Chers enfants du Conseil municipal des enfants qui représentez tous les enfants de Verrières et inscrivez cette commémorations dans l’avenir. Votre présence est extrêmement précieuse pour nous tous,

Chers Amis,

Merci d’être présents, et de vous associer, ici où à distance, aujourd’hui encore, à ce moment si important. Chaque année nous célébrons la victoire de la France et de ses alliés sur la barbarie des forces de l’axe. Nous célébrons la vie et la paix retrouvées après un long intermède où seules la mort et la guerre apparaissaient comme horizon offert à l’humanité.
Oui la mort et la guerre, la mort à la guerre, la guerre à mort, la mort même sans la guerre, la mort pour les perdants, la mort aussi pour ceux qui appartenaient au camp des vainqueurs. La mort, la guerre, la peur.
Bernanos nous l’a dit peu après la seconde guerre mondiale « Même le plus optimiste des hommes sait maintenant qu’une civilisation peut devenir dangereuse pour l’humanité. Il suffit qu’elle se soit constituée et développée d’après une définition incomplète et même fausse de l’homme (1) ». On peut y entendre comme un écho à la célèbre expression de Valéry dans « la crise de l’esprit », écrite, elle, en 1919  : « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles ».
Comme il aurait mieux valu que la civilisation des Reich soit vraiment morte à l’heure où Valéry écrivait… Comme il aurait mieux valu que les civilisations survivantes s’occupent plus de comprendre la plénitude de l’homme après que Bernanos se soit interrogé sur les conséquences de la liberté et ce que l’on allait en faire !
Nous commémorions il y a peu les victimes et les héros de la déportation. Nous ferons mémoire, en juillet, des victimes de la shoah et des justes… Ces mémoires douloureuses doivent être entretenues comme ce que nous avons de plus précieux et, avec elles la mémoire des victimes, la condamnation sans cesse redite des bourreaux, de leurs complices et des voies qui menèrent aux crimes innombrables des régimes honnis de l’Allemagne Nazie et de ses complices.
Ce jour est jour de fête c’est le jour de la victoire, entendez le Général de Gaulle « La guerre est gagnée. Voici la victoire. C’est la victoire des Nations Unies et c’est la victoire de la France ».
Mais de quelle Victoire s’agit-il ?
De celle constatée par la capitulation des forces nazies bien sûr.
De celle rendue possible par l’action conjuguée de l’ensembles des forces alliées sur tous les fronts, de l’ouest, de l’est, en Asie aussi… Même si ce n’est que plus tard que le Japon acceptera de capituler dans les conditions que nous connaissons.
Le 8 mai n’est pas seulement le jour de la fin d’un conflit, de ce conflit qui de 1939 à 1945 ensanglanta le monde et porta atteinte à l’humanité même… Nous célébrons, au-delà, la fin d’une sanglante déchirure de l’histoire dont la terre de France fut trois fois le théâtre.
Dans ce cimetière de Verrières, où le carré prussien rappelle les combats de 1870, où les noms des héros de la guerre de 14 sont élevés à côté de ceux de la seconde guerre mondiale, comment ne pas comprendre que par des circonvolutions désormais mieux connues, c’est en réalité un cycle de 75 années qui s’interrompt enfin le 8 mai 1945. 75 années pendant lesquelles nos voisins, nos frères allemands et nous-mêmes fumes en permanence en situation de conflit.
Les intermèdes apaisés n’ont jamais été de véritables paix. Amputée par l’effet de sa défaite après avoir été largement occupée, déjà, la France éprouva jusqu’à la fin de la première guerre mondiale la perte douloureuse d’une part de son territoire ; l’Allemagne ne rêva que de vengeance dans ces années qu’ici on dit folles et qui ne furent définitivement que « d’entre-deux guerre » ; pas vraiment la paix à bien y regarder, une pause, à peine, avant la reprise…
L’histoire nous enseigne que ce n’est que depuis le 8 mai 1945 qu’il n’y a plus de guerre, déclarée ou couvant entre nous. Bien sûr, il y eut la guerre froide ; mais, heureusement, elle le resta. Bien sûr il y eu des guerres dans lesquelles la France fut partie, Ô combien… Il y eut l’Indochine, Il y eut l’Algérie… Il y en eu d’autres encore, jusqu’en Europe, mais ce sont désormais 76 années de paix qu’a connu le territoire de la France métropolitaine.
Si la capitulation de l’Allemagne nazie doit être célébrée, c’est bien parce que nulle situation, auparavant, n’avait atteint ce paroxysme de puissance, de violence, d’intelligence entièrement mobilisée au service de la destruction.
Moloch insatiable ne se contentant jamais des sacrifices humains à lui offerts, le régime nazi dans sa paradoxale et folle cohérence ne pouvait amener que la destruction généralisée de ceux qu’il désigna comme victimes privilégiées, juifs, tsiganes, slaves, malades mentaux, prétendument déviants, ennemis politiques, opposants spirituels… puis ses sujets eux-mêmes, sacrifiés à ce à quoi ils avaient accepté de rendre un culte.
Pour l’Europe, pour la France et l’Allemagne, le 8 mai est la fin de cette si longue page belliqueuse, et l’annonce d’une paix possible sur des bases qui ne soient pas celles de la domination, de la violence et de la haine mais celles du dialogue et de la démocratie.
Le huit mai bien sûr annonce la possibilité du neuf. C’est la possibilité d’une communauté qui s’esquisse, fondée non plus sur la force et la contrainte mais sur l’égalité et l’échange dans le respect des autres. Cette Communauté, désormais Union Européenne a rendu possible une paix durable dans un continent qui ne l’avais jamais connue aussi longtemps. Cette Communauté nous a rendu dépendant les uns des autres et, ce faisant, nous a rendu plus forts, nous a rendu plus grands, nous a rendu plus libres.
Comme toutes, cette victoire a eu un prix. Dans sa harangue pour le 8 mai 1945, le Général de Gaulle, pense immédiatement à ceux auxquels « la patrie porte sa pensée et son amour » : « ceux qui ont, pour son service, tant combattu et tant souffert ».
Nous rappellerons bientôt, lors de l’hommage particulier à Honoré d’Estienne d’Orves, tout ce que nous devons au sacrifice et au renoncement de ces héros. Sans attendre nous nous devons de redire aujourd’hui toute la reconnaissance que nous avons pour les efforts de tous ceux qui ont rendu possible la victoire. Certains dorment dans ces travées.
Cette victoire construite sur l’action conjointe des alliés. Cette victoire qui, pour la France, a commencé hors de l’hexagone avec l’engagement de quelques-uns, dont les rangs grossirent jusqu’à devenir une armée et qui redonnèrent leur éclat aux armes françaises.
Cette victoire qui n’aurait pas été possible, en France, sans l’action de la résistance, ses actions de renseignement, de sabotages, de combats… qui facilitèrent considérablement la progression des forces armées.
Ainsi qu’en a témoigné le Général Michel Multrier (2) que je suis heureux de citer « la Résistance était moralement indispensable. Il fallait que le peuple de France générât dans ses tréfonds et soutint une minorité qui travaillât activement à ce combat pour la Liberté »…
Le terrain le plus important. Plus important que les champs de batailles, pourtant déterminants, était celui des âmes, celui des idées. Sur ce terrain aussi les alliés ont gagné.
Mais prenons garde au fait que cette victoire-là est peut-être moins assurée qu’on a voulu le croire. Le combat contre la déshumanisation, le combat contre l’asservissement, le combat contre l’aveugle poursuite à tout prix d’une quête frénétique du pouvoir, de la race, de la classe, du profit… n’est pas et ne sera jamais fini.
C’est surtout la conclusion du témoignage du Général Multrier que je veux partager avec vous. Cette analyse est celle d’un homme qui a fait passer son devoir avant tout et engagé, littéralement, sa vie au service de notre pays et de ses idéaux, notamment pendant la campagne de France puis dans la résistance où il prit une part plus qu’active… et longtemps après encore.
Je le cite : « Dire l’histoire ne suffit pas, il faut en tirer des enseignements pour le présent et l’avenir. Le plus important est le suivant :
La Liberté n’est pas un droit ni un don. Elle doit être conquise.
Elle ne peut être conservée que si tous les citoyens y consacrent des efforts.
Elle ne peut être retrouvée que si beaucoup sont prêts à se sacrifier.
Un peuple qui n’est pas prêt à cela ne mérite pas d’être libre et ne le restera pas longtemps. »

Souvenons-nous des derniers mots d’Honoré d’Estienne d’Orves, son contemporain exact, que nous graverons bientôt au centre de notre ville et qui sont déjà dans nos cœurs :
« Je ne désire que la paix dans la grandeur retrouvée de la France. Dites bien à tous que je meurs pour elle, pour sa liberté entière, et que j’espère que mon sacrifice lui servira ».
Oui son sacrifice a servi.
Même apparemment englouti dans le sombre et douloureux silence d’une nuit que n’éclairait plus la promesse de l’aube ; aucun sacrifice ne s’est perdu… et leurs fruits, à leur temps, purent bien être cueillis.
Honneur à ceux qui combattirent. Honneur à tous ceux qui se levèrent, partout, et surent aller au bout du sacrifice pour assurer cette victoire que nous fêtons aujourd’hui ; pour que vive la France et pour que nous vivions. Libres.
Je vous remercie.

(1) La Liberté pour quoi faire ?

(2) Multrier . Résistance et Libération : Témoignage du Général Multrier, chef départemental des F.F.I. à Rouen en juillet-août 1944. In: Études Normandes, 44e année, n°1, 1995. Les Normands, Peuple d’Europe. pp. 91-95

Commémoration de la déportation et morts dans les camps de concentration de 1939-1945
25 avril 2021

Chers Verrieroises,
Chers Verriérois,
Chers Amis,

Nous voici à nouveau contraints de célébrer dans un cadre encore bien étroit cette journée nationale du souvenir des victimes de la déportation et morts dans les camps de concentration du IIIe Reich au cours de la guerre 1939-1945.

Mais quel que soit le contexte, nous tenons à honorer ce vœu du législateur qui, en 1954, à l’initiative d’Edmond Michelet, résistant, déporté, homme politique, entendit que la France tout entière honore le souvenir des victimes et des héros de cette terrifiante période.

Déportation ! L’histoire en a connu d’autres avant celle dont nous faisons mémoire aujourd’hui. Nous évoquions hier le génocide arménien et des assyro-chaldéens. Nous nous souvenons de l’exil à Babylone. Nous savons que les soviétiques, rivaux en tout de la terreur nazie, utilisèrent cette arme aussi… Les Japonais ne rechignèrent pas à l’employer … La déportation organisée par le IIIe Reich est cependant évidemment singulière. Elle l’est pour nous, français, dont tant de concitoyens éprouvèrent la douleur de l’arrachement, les souffrances du trajet, celles de la détention dans des conditions inhumaines… avec ô combien souvent, la mort à un détour de ce terrible chemin.

Ce dernier dimanche d’avril n’est pas destiné à se souvenir de toutes les déportations mais bien de celle – au singulier – subie par les déportés dans les camps de concentration du troisième Reich et à rendre hommage « au courage et à l’héroïsme de ceux et de celles qui en furent les victimes ». Relisons, chaque année, le sobre exposé des motifs de la loi de 1954 :
« Il importe de ne pas laisser sombrer dans l’oubli les souvenirs et les enseignements d’une telle expérience, ni l’atroce et scientifique anéantissement de millions d’innocents, ni les gestes héroïques d’un grand nombre parmi cette masse humaine soumise aux tortures de la faim, du froid, de la vermine, de travaux épuisants et de sadiques représailles, non plus que la cruauté réfléchie des bourreaux ».

La loi voulu par Michelet était bien nécessaire.

Sans rien ôter de la singularité de Shoah, sans rien ignorer de l’absolue perversité du mal déployé que fut la « solution finale », ce jour rassemble dans une commune mémoire toutes les victimes du IIIe Reich.
A côtés des victimes militaires, à côté des victimes civiles, à côté de ceux qui furent tués dans des exécutions sommaires, à côté de tous ceux qui subirent ces exactions innombrables et odieuses ponctuant l’avancée des hordes mécanisées de la moderne et furieuse barbarie nazie… il y eu les déportés.

Ces hommes, ces femmes, ces enfants, ces vieillards, de toutes nationalités, de toutes convictions, de toutes conditions… souvenons nous des Tsiganes, des Russes, des Polonais… Ces hommes, ces femmes de toutes religions avec, bien sûr, le sort si funestement singulier des juifs.

La déportation était une composante structurelle de la politique nazie en général et vis-à-vis des juifs en particulier.
Entendez Hans Frank Gouverneur Général de la Pologne le 16 décembre 1941
Mon attitude envers les Juifs se basera donc seulement sur l’espoir de les voir disparaître. Il faut s’en débarrasser. Je suis en pourparlers pour leur déportation vers l’Est. … De toute façon ce sera le début d’une grande migration juive.
« Mais que faire des Juifs ? … liquidez-les.
« Messieurs, je vous demande de vous débarrasser de tout sentiment de pitié. Il nous faut annihiler les Juifs, partout où nous les trouvons, partout où nous le pouvons »
Plus loin « Nous ne pouvons passer par les armes ou empoisonner ces 3.500.000 Juifs, mais nous saurons néanmoins prendre des mesures en vue de les annihiler d’une façon ou d’une autre ; ces mesures s’accorderont avec celles qui seront prises à une plus grande échelle au cours des conférences avec le Reich ».

Victimes de la déportation, certains le furent à cause de ce qu’ils étaient ; certains le furent à cause de ce en quoi ils croyaient, certains parce qu’ils résistaient… pensons en cette année de commémorations aux compagnons d’Honoré d’Estienne d’Orves, membres du réseau Nemrod. Pensons à tous ceux qui bravèrent consciemment le risque de la déportation…

La déportation du IIIe Reich, fut une œuvre terrifiante. Programmée, orchestrée, démonstration odieuse d’une pensée élaborée placée au service du mal. Quelle logistique ! Quelle efficacité ! Quelle science de l’administration !

Entendons ce que dit le juge JACKSON lors du procès de Nuremberg :

« La déportation pour le travail forcé a été peut-être l’entreprise d’esclavage la plus horrible et la plus vaste de l’Histoire. Il est peu d’autres sujets sur lesquels nous ayons des preuves aussi abondantes et aussi accablantes. »

Plus loin :
Une main-d’œuvre d’esclaves fut amenée de France, de Belgique, de Hollande, d’Italie et de l’Est. Les méthodes de ce recrutement étaient violentes. La façon dont ces travailleurs forcés étaient traités fut définie en termes généraux, facile à transposer en faits concrets, dans une lettre de l’accusé Sauckel à l’accusé Rosenberg :
« Tous les prisonniers de guerre des territoires de l’Ouest comme de l’Est qui se trouvent effectivement en Allemagne, doivent être complètement incorporés dans les industries allemandes d’armement et de munitions. Leur production doit être amenée au niveau le plus élevé possible… 
« L’embauche complète de tous les prisonniers de guerre, de même que l’utilisation d’un nombre immense de nouveaux travailleurs civils étrangers, hommes et femmes, est devenue une nécessité indiscutable pour la mise en application du programme de mobilisation de la main-d’œuvre dans cette guerre.
« Tous les hommes doivent être nourris, logés et traités de manière à les exploiter dans la plus large mesure possible, avec le minimum concevable de dépenses. ».

La déportation du IIIe Reich reposa sur l’effacement de l’humain, matérialisé par le tatouage tristement connu, réduire l’homme à un numéro… par tout ce processus qui cherchait à détruire ceux-là mêmes qu’il n’avait pas immédiatement tués.

Le procès de Nuremberg nous donne à voir un peu de ce qu’étaient ceux qui orchestrèrent cela ; entendons Himler en 1943 :

« Ce qui arrive aux Russes ou aux Tchèques ne m’intéresse pas du tout. L’apport de sang pur de notre race que peuvent nous fournir ces nations, nous le prendrons, s’il est nécessaire, en enlevant leurs enfants pour les élever chez nous. Que les autres nations vivent en prospérité, ou meurent d’inanition, cela ne m’intéresse que dans la mesure où nous les utilisons comme esclaves pour les besoins de notre culture. Sinon, cela ne m’intéresse pas. Que 10.000 femmes russes tombent d’épuisement ou non en creusant un fossé anti-chars ne m’intéresse qu’autant que le fossé anti-chars est terminé pour l’Allemagne. »

Des témoignages de victimes aussi ont été écrits. Il faut les relire comme il faut relire les minutes du procès de Nuremberg.

Tant de mémoires se sont perdues.

A l’heure où peu à peu se ferment les yeux des survivants nous devons entretenir la mémoire de ce qu’ils ont vécu. Sans haine bien sûr, mais avec une filiale vénération pour ces martyrs desquels nous descendons, si ce n’est par le sang, de spirituelle façon.

Oui, nous sortons du creuset de la déportation. Notre société a en partie été forgée dans ces camps de concentration.

Là, malgré tout, l’humanité a survécu. Elle est en quelque sorte née à nouveau.
Là, malgré tout, la supériorité des victimes s’affirma car là on n’oublia pas ce qu’était être humain.
Là nous avons appris que quelles que soient les différences, rien ne doit être placé au-dessus de ce qui rassemble tous les hommes dans une commune appartenance.

Quel est cet héroïsme dont nous devons faire mémoire ?
Pas celui du soulèvement (encore qu’il s’en trouva) ; pas celui du geste épique, de l’aventure, de l’ardeur, de la fièvre du combat…
L’héroïsme dont nous faisons mémoire aujourd’hui c’est celui de l’humilié, celui du corps broyé, celui du petit geste, du sourire esquissé, celui de la main tendue, de l’aliment partagé.
Certains durent leur survie à leur propre brutalité, d’autres, au-contraire, à une forme de solidarité.
Là était l’héroïsme dont nous devons faire mémoire aujourd’hui. L’héroïsme puisé par certain dans les tréfonds d’eux-mêmes.
Oui, l’héroïsme que nous commémorons aujourd’hui c’est celui de la fraternité ; de la communion dans l’épreuve. Parfois poussé jusqu’au sacrifice de soi-même.

Comme il avait raison, Edmond Michelet, de mettre en garde ses contemporains avant-guerre contre les périls que faisait courir l’Etat totalitaire… lorsqu’il nous disait que ce qui menace la personne humaine menace l’humanité toute entière.

C’est toujours vrai.

De l’immonde creuset est sortie une humanité victorieuse mais les racines qui nourrirent ses bourreaux sont toujours un danger.
Tout ce qui peut conduire à voir dans l’autre, autre chose qu’un frère, conduit au précipice.
L’antisémitisme n’a pas disparu…
Le mépris de l’homme a-t-il déjà été si grand ?
La déshumanisation ne cesse de montrer sa vigueur ; elle se renouvelle même avec l’omniprésence des écrans et de formes d’accoutumance à une violence préparatoire.
Des hommes, si nombreux, ne voient aujourd’hui encore, dans les autres que des instruments pouvant être mobilisés au service de leurs seuls intérêts.
L’indifférence d’aujourd’hui est sœur ou fille de celle que revendiquait Himler et ses semblables

Oui nous devons nous souvenir des victimes de la déportation et morts dans les camps de concentration du IIIe Reich. Nous souvenir de leur victoire et de ses armes car l’oublier c’est renoncer et permettre un nouvel essor de ce qui a été vaincu.

C’est d’eux aussi que nous tenons la certitude qu’il nous faut sans cesse davantage être attachés à la liberté, l’égalité et la fraternité, comme à des viatiques indispensables pour protéger l’humanité.

Merci à eux, et à tous ceux qui refusent de se résigner.

Commémoration du génocide arménien
24 avril 2021

Chers Amis,

Ce 24 avril 2021, nous commémorons, ainsi qu’y invite le décret du 10 avril 2019, le génocide arménien de 1915. Cette année 2021, nous commémorons aussi les 20 ans de la loi du 29 janvier 2001 relative à la reconnaissance du génocide arménien de 1915 dont l’article unique affirme sobrement que « La France reconnaît publiquement le génocide arménien de 1915 ».
Jacques Chirac avait tenu à ce que la France franchisse cette étape importante pour notre Pays qui s’enorgueillit d’avoir pu accueillir certains des survivants de ce qui fut bien, oui, un génocide.
Ce génocide reconnu. Ce génocide commémoré annuellement est pourtant un génocide dont l’existence est encore contestée au mépris des faits les mieux documentés…
L’article 2 de la Convention des Nations Unies pour la prévention et la répression du crime de génocide, de 1948, dit pourtant de quoi il s’agit :
… le génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :
a) Meurtre de membres du groupe;
b) Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe;
c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle;
d) Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe;
e) Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe.

Qui ne perçoit que tous, ou tous les éléments de la définition sont présents.

Faut-il des lois pour dire ce que fut l’histoire ? Il est permis d’en discuter. Il faut en discuter… il faut en tout cas que l’histoire éclaire les lois et plus encore que les lois, que l’histoire éclaire nos actions, nos engagements ;
Il faut qu’elle nous enseigne, nous instruise, nous préserve de l’oubli qui rend la réitération possible, qui la programme même, dans une certaine mesure.
Pourquoi le 24 avril a–t-il été retenu par ceux-là même qui ont été touchés ? par référence à un jour de 1915 où les autorités ottomanes ont arrêté avant de les déporter et de les tuer 600 intellectuels arméniens à Constantinople. 600 intellectuels qui précédèrent tant et tant d’autres. Comme ailleurs la barbarie s’est abattue d’abord sur ceux qui pouvaient comprendre et s’élever, réagir…
Quelle fut la faute des Arméniens et de leurs frères syriaques ? Ne pas être ethniquement et religieusement semblables aux projets de ceux qui avaient décidé de « turquiser » un pays où pourtant ces communautés vivaient depuis toujours.
En 1915, ce qui avait été commencé à la fin du 19e siècle fut finalisé. Ces populations qui pourtant avaient toujours été là furent chassées, arrêtées, conduites au désert pour y être tuées. Les déplacements ne suffisaient pas. Il fallait qu’ils meurent.
Des cortèges incroyables prirent le même chemin. 1.5 million de victime emportées dans le silence assourdissant des Nations, elles-mêmes trop occupées à s’entredéchirer…
Et pourtant il y avait eu des prodromes ; et pourtant les signes ne trompaient pas. On n’a pas voulu voir, pas voulu croire que l’horreur puisse se répéter, en plus grand… en si grand.
Qui pouvait penser qu’il était possible d’exterminer un peuple ?
Profitant de la fin de l’empire, profitant des remous de la guerre, de vieilles rancœurs, les assassins et leurs supplétifs eurent tout le loisir de programmer et de mettre en œuvre l’innommable.
Ce génocide nié en appelait d’autres, en préfigurait d’autres… Monstrueuse et inhumaine mécanique qui n’épargna personnes sauf celles, parmi les victimes, qui furent conservées pour être « turquisées »… Victimes tout de même, O combien.
Tout génocide s’accompagne de son cortège de négations et de dénégations. Il n’est supportable pour ceux mêmes qui en sont les auteurs, les complices, que dissimulé, relativisé… mais qui ne comprends que la négation du génocide lui-même fait le lit des soubresauts sanglants qui ont déchiré hier encore l’Arménie avec le concours de ceux qui précisément semblent aveuglés par l’idée qu’ils ont d’eux-mêmes, qu’ils ont de la place de l’autre…
Edouard Philippe, a eu, lors de la première commémoration des mots très justes.. «En rendant hommage aux victimes du génocide arménien, la France est fidèle à elle-même, fidèle à ses valeurs, c’est son honneur que de l’assumer», a déclaré celui qui était alors le chef du gouvernement. «…/…Ce que nous recherchons, c’est l’exactitude historique, et la réconciliation.»
Cette commémoration, cet anniversaire des 20 ans de la reconnaissance officielle par la France du génocide, est l’occasion de redire que Jaurès lui-même avait été le dénonciateur en 1896 « du martyre et du massacre de tout un peuple » à propos d’évènements ayant déjà fait environ 200000 victimes accompagnées d’environ 100000 conversions forcées.
Amis de Verrières, nous ne pouvons pas nous retrouver devant le chêne d’Arménie mais nous sommes ici, à côté de la place de l’Europe, devant les drapeaux français et européen, pour évoquer les mots de Jaurès. Il a évoqué l’engagement de « l’Europe réunie au congrès de Berlin » qui « avait reconnu elle-même la nécessité de protéger les sujets arméniens de la Turquie [qui] avait inséré dans le traité de Berlin l’engagement solennel de protéger la sécurité, la vie, l’honneur des Arméniens ».
Faire mémoire du Génocide c’est faire mémoire d’engagements qui n’ont pas été tenus… où était l’Europe quant il aurait fallu protéger les Arméniens ?
Il faut relire le célèbre discours de Jaurès pour comprendre qu’au crépuscule du 19e siècle tout avait été décrit des horreurs, de la guerre d’extermination, des massacres, du feu, du viol, des enfants tués dans des conditions d’une violence inouïe…
La massification du crime avait été à l’œuvre et l’Europe s’est tue… si peu de voix s’élevèrent, celle d’Albert de Mun, de Jaurès, de quelques autres sauvèrent cependant un peu l’honneur … En France on créa Pro Armenia…
Entendez, oui, la voix de Jaurès « Et [le Sultan] a pensé, messieurs, et pensé avec raison, qu’il n’avait, pour aboutir dans [son] dessein, qu’à mettre l’Europe devant le fait accompli, devant le massacre accompli. Il l’a vue hésitante, incertaine, divisée contre elle-même, et pendant que les ambassadeurs divisés, en effet, et impuissants le harcelaient, en pleine tuerie, de ridicules propos de philanthropie et de réformes, il achevait, lui, l’extermination à plein couteau, pour se débarrasser de la question arménienne, pour se débarrasser aussi de l’hypocrite importunité d’une Europe geignante et complice comme vous l’êtes. [… » Ce n’était pas encore le génocide ! c’était déjà la froide folie génocidaire qui oeuvrait.
C’est notre devoir à tous, si l’Europe a failli à sa mission, si, divisée contre elle-même par des convoitises, par des jalousies, par des égoïsmes inavouables, elle a laissé égorger là-bas tout un peuple qui avait le droit de compter sur sa parole, uniquement parce qu’elle avait peur de se battre dans le partage des dépouilles ; c’est notre devoir, à nous, de venir confesser ici les fautes et les crimes de l’Europe pour qu’elle soit tenue aux réparations nécessaires. […] ».
Et oui ! nous ferons demain mémoire de la déportation durant la seconde guerre mondiale … Il y eut une « question arménienne » avant…. Comme les mots de Jaurès résonnent étrangement …
Péguy ne dit pas autre chose
« Nous avons choisi que la bureaucratie tsariste supprimât la nationalité finlandaise, opprimât les propres Russes, les Finlandais, les Polonais, les Juifs, les ouvriers, tant d’autres ; nous avons choisi que la tyrannie hamidienne égorgeât trois cent mille Arméniens  ; nous avons choisi que l’épouvante hamidienne maintînt sous la terreur étouffée tout un empire, un grand morceau de la terre… »
Souvenons nous que le génocide s’inscrivit dans la suite du panislamisme d’Abdulhamid II ; souvenons nous que l’empire installa l’idée qu’il y avait des sous-citoyens, des dhimmis qui ne comptaient pas…
Qui ne comprend que le drame des arméniens n’est que la préfiguration d’autres drames. Que la déshumanisation de l’autre et pas seulement de l’adversaire ; de l’autre dans son humanité, sa famille, ses vieillards, ses fils et ses filles, à l’échelle non d’un village mais d’un peuple tout entier préfigurait ce qui allait se passer pour d’autres motifs, de classes, de races… Folle humanité qui utilise le génie humain pour le mettre au service de ce qui l’avilit de la plus ignoble des manières.
Qui ignore que les jeunes turcs étaient plus que directement liés à l’Allemagne et prêts à retirer de leurs amis tous les enseignements pouvant être mis au service d’un panturquisme placé au-dessus de toute humanité.
On dit qu’en 1939 Hitler se souvenait de l’oubli qui avait englouti le martyr des Arméniens. Si l’Europe s’était tue alors, pourquoi ne laisserait-elle pas encore faire… ? Et elle laissa faire, en effet, lorsqu’elle ne se fit pas complice.
Oui le drame de l’Arménie est le fruit purulent d’une pensée élaborée, savante, qui a su s’appuyer sur les plus bas instincts de l’homme, ceux que l’on ne fait jamais totalement disparaître mais que seule l’authentique éducation de l’homme permet de contenir, de domestiquer.
Ces instincts qui ont conduit il y a quelque mois encore, au martyre renouvelé des assyro-Chaldéens, des Yezidis, de ceux que désignait leur foi à la haine aveuglante de nos ennemis communs…
L’histoire partagée est l’un des moyens de tendre vers cette éducation si nécessaire.
Cette commémoration est l’occasion de redire combien nous devons être attentifs à ne pas perdre la mémoire, à comprendre… la France, l’Europe, ces derniers mois n’ont à nouveau pas été à la hauteur de leur mission.
Puisse cette commémoration être l’occasion de dire que nous ne nous résignons pas, que nous ne pourrons jamais nous résigner.
Par-delà le drame, la France aussi a eu, par la grâce de l’accueil, le privilège de devenir un peu une terre arménienne.
Je veux dire en ce jour du souvenir à tous ceux qu’émeut le drame de ce peuple si vieux et si jeune, première nation Chrétienne qui offrit tant au monde et qui ne demandait qu’à offrir davantage, combien nous devons avoir de regrets de n’avoir pas été plus et mieux là  ; combien nous avons de reconnaissance à ce peuple dont les enfants accueillis en France font depuis plus de cent ans la richesse du notre.
Souvenons-nous des pages douloureuses pour écrire ensemble celles d’un avenir d’autant plus assuré qu’il n’ignorera ni les heures heureuses ni les drames passés.
Je vous remercie.