Discours de M. le Maire • Commémoration du 11 novembre 2020

Retrouvez l'intégralité du discours de M. François Guy TRÉBULLE, Maire de Verrières-le-Buisson, prononcé lors de la Commémoration du 11 novembre 2020.

Chers Collègues, Chers Verriérois,

Nous voici réunis, comme nous l’avons été plus tôt dans l’année, non sur la Place de l’Hôtel de Ville, entourés de Verriérois, mais dans cet ancien cimetière du Village, où reposent tant de Verriérois. La technique fait que ceux qui le peuvent ont la possibilité de s’unir à notre démarche à distance, c’est donc en présence des Verriérois d’hier et d’aujourd’hui, quand-même, que nous sommes réunis en ce 11 novembre. Il est de ces jours où les âmes des uns et des autres peuvent communier.

11 novembre singulier s’il en est puisque vécu non dans la joie de la victoire ou la gravité du recueillement, la méditative attention à l’entretien de la flamme de la mémoire… mais dans le confinement sanitaire ; comme un écho à d’autres formes de guerre ; dans la douloureuse attention du plan Vigipirate et l’horreur, toute vibrante encore, des crimes odieux qui ont à nouveau ensanglanté notre Pays.

Depuis le 28 février 2012 en France, chaque 11 novembre, non seulement nous commémorons l’armistice de la première guerre mondiale mais nous rendons aussi Hommage à tous les morts pour la France. Nous manifestons la reconnaissance de la Nation toute entière à tous ceux qui ont laissé leur vie en la servant.

Il s’agissait, selon les mots de Patrick Beaudoin, initiateur et rapporteur du projet de loi de « rendre hommage à tous ceux qui ont défendu notre nation, toutes générations confondues, et jusqu’au sacrifice suprême ». Ainsi que l’exprimait à l’Assemblée Nationale Dominique Raimbourg, « Ces commémorations sont l’occasion d’une réflexion sur les causes de la guerre. Une telle réflexion est malheureusement aussi vieille que l’humanité, mais elle est nécessaire pour essayer d’échapper à cette fatalité ».

Faire mémoire de la première guerre mondiale, réfléchir à ses causes et aux moyens de la victoire, honorer nos morts… ceux qui donnèrent tant, ceux qui donnèrent tout,

Oui cela mérite bien que l’on s’arrête un instant.

Oui nous devons, aujourd’hui encore, entendre résonner les noms des Verriérois qui sont tombés.

Oui nous devons, aujourd’hui encore, mesurer leur nombre considérable rapporté à un Village d’Ile de France,

Oui nous devons, aujourd’hui encore, nous souvenir des sacrifices qu’eux et tous les autres ont consenti pour notre patrie.

Des sacrifices de ceux du front et de ceux de l’arrière, des soldats, des médecins et infirmières, des femmes qui firent la tâche des hommes en plus de la leur, des ainés et des enfants qui à leur manière furent mobilisés.

Plus que mondiale cette guère aura été la première guerre totale car toute la société s’est trouvée affectée ; pas un coin de France, pas un village pas une vallée, par un être de chair qui n’ait été touché.

Certains bien sûr tentèrent de passer entre les mailles du filet de la mobilisation générale, certains en profitèrent, mais ils ne comptent pas et sont engloutis à jamais très loin de nos mémoires.

C’est bien des autres qu’il faut nous souvenir, de ces corps sanglants fauchés, de ces gueules cassées, de ces corps brisés par l’effort et les privations, de ces corps errants encore, civils déplacés par le jeu de la guerre…

Oui dans chacune de nos familles, parfois dans toutes leurs branches, la première guerre mondiale est passée et ceux qui en sont revenus n’en ont jamais été indemnes. Les corps et les esprits se sont trouvés marqués du fer rouge des combats. Les corps et les esprits se sont trouvés gazés, déjà. Les corps et les esprits ont été pour la première fois broyés par la rencontre alors inédite de la grande industrie et de la folie meurtrière des hommes.

Rien ne prédestinait l’Europe à s’offrir le plus odieux des sacrifices. La culture était partagée, partout la musique était jouée, les philosophes pensaient ; la même industrie qui allait devenir uniquement d’armement ouvrait de nouvelles voies, annonçait le progrès.

Les hommes de ce début de 20e siècle, bien sûr étaient nos pères ; mais songeons qu’autant de temps nous sépare d’eux que ce qui les séparait du premier empire… Un siècle. Une éternité. Une poussière dans l’histoire du monde et de l’humanité et pourtant… tant de temps.

Tous ces hommes étaient des hommes réels, des hommes de chair, des fils, des maris, des frères des pères. Tous ces hommes étaient hommes tout comme nous-mêmes le sommes. Leurs vies, leurs morts, leurs voix, tout s’efface…

Il reste des images, il reste des récits pour nous aider à comprendre cette histoire douloureuse.

Il reste des récits et, en ce cimetière de Verrières le Buisson, aujourd’hui, nous sommes comme toujours unis à ce qui se passe place du Panthéon, à Paris.

La tombe d’André Malraux, combattant lui aussi, dont nous sommes séparés par le carré des soldats allemands de la Guerre de 1870, est vide depuis qu’il y a été transféré.

Il accueille aujourd’hui Maurice Genevoix et avec lui la voix de « Ceux de 14 ».

Entrez-ici, doit-il dire, s’il peut s’adresser à Genevoix avec les accents qu’il eut pour Jean Moulin.

Genevoix lui aussi entrera au Panthéon accompagné d’un “terrible cortège” celui de tous ceux qui sont morts dans les tranchées…

De ceux qui, comme Péguy, furent fauchés en 14, de ceux qui par centaine de milliers, par millions, tombèrent en 15, 16, 17, 18 et de ceux qui périrent après, des suites de leurs blessures.

Le Président de la République tient les engagements que ses deux prédécesseurs avaient pris. Parfois il faut du temps…

Aujourd’hui 11 novembre 2020 Maurice Genevoix entre au panthéon. Aujourd’hui les cloches de notre Eglise ont sonné associant par là même tous nos concitoyens, malgré le confinement, à cet évènement.

Permettez-moi de citer Maurice Genevoix justement qui, dans « Ceux de 14 », « Sous-Verdun », rapporte l’épisode de son saisissement lorsqu’il entendit le son des cloches d’un village alors qu’il regagnait sa tranchée.

« Je restais là, immobile, écoutant la chanson des cloches éparses sur ces bois où des hommes s’épiaient les uns les autres , jour et nuit, et cherchaient à s’entretuer. Pas de tristesse pourtant. La chanson des cloches n’est pas triste. Des hauteurs du ciel où elle sonne, elle s’épand largement sur la terre et sur les hommes. Les Allemands, dans leurs tranchées, l’entendent comme nous l’entendons. Mais elle ne dit pas, à eux, les mêmes choses qu’elle dit à nous.

A nous elle dit :

« Espérez. Je suis tout près de vous, la voix de tous les foyers que vous avez quittés. A chacun de vous j‘apporte l’image du coin de sol où son cœur est resté. Je suis, contre votre cœur, le cœur du pays qui bat. Confiance à jamais en vous, confiance et force à jamais. Je rythme la vie immortelle de la Patrie ! »

A eux, elle dit :

« Insensés, qui croyiez que la France pouvait mourir ! Ecoutez-moi : sur la petite église dont les vitraux en miettes jonchent les dalles, le clocher est resté debout. C’est lui qui m’envoie vers vous, allègre et moqueuse. Je vis… je vis…Quoi que vous ayez fait, je vis. Quoi que vous fassiez, je vivrai ! »

Ces cloches n’étaient pas celles de notre clocher, mais c’étaient-elles.

Ces cloches n’étaient pas celles de la Basilique Notre-Dame de Nice, mais c’étaient-elles.

Ces cloches n’étaient pas non plus celles de Saint Etienne du Mont qu’entendra Genevoix depuis le Panthéon… mais c’étaient-elles.

L’intemporalité des cloches nous conduit de Verdun à Verrières, nous conduit par-delà l’espace et le temps à repenser aujourd’hui à tous ceux qui sont tombés pour la France.

Aujourd’hui sommes nous en guerre ? contre le virus qui est omniprésent, contre l’islamisme radical qui, lui semble est en guerre contre nous… ?

Il n’y a pas de guerre entre Etats, il n’y a pas de conflit ouvert… et pourtant oui, finalement, il nous faut bien l’admettre, ce vocabulaire guerrier n’est pas injustifié.

Pas pour le virus. Le combat contre lui impose certes une discipline collective mais il ne relève pas d’une action humaine. On ne fait pas la guerre, on se protège et on se soigne, on recherche un vaccin…

On se mobilise, mais on ne fait pas la guerre aux choses, si ce n’est aux moulins, certains…

Mais aux autres, oui.

A ceux qui veulent plonger la France dans le chaos.

A ceux qui égorgent, qui tuent.

A ceux qui menacent la sécurité de nos concitoyens pour la seule raison qu’ils sont français.

Pour la seule raison qu’ils pratiquent une foi dont les lois de la République garantissent le libre exercice du culte, ou bien qu’ils n’en ont pas…

Oui, l’expression de guerre apparaît justifiée même si on ne sait pas quand elle a commencé, ni quand elle finira.

On peut certainement reprendre les mots de Clémenceau de 8 mars 1918. Comme lui aujourd’hui nous avons le désir de la paix le plus tôt possible. Aujourd’hui, comme alors, il faut savoir ce que l’on veut et comprendre que ce n’est pas en bêlant la paix qu’on fera taire nos ennemis.

Face à ceux qui aujourd’hui viennent littéralement jusque dans nos bras égorger nos fils, nos compagnes…

Face à ceux qui sont ennemis de la France parce qu’ils sont ennemis de la liberté…

Face à ceux qui considèrent que le meurtre est une réponse possible à l’offense ressentie…

Face à ceux qui veulent d’une manière non métaphorique la mort de la Patrie…

les mots de Clémenceau semblent, Hélàs, un appel pour aujourd’hui :« Ma politique étrangère et ma politique intérieure, c’est tout un. Politique intérieure, je fais la guerre ; politique extérieure, je fais toujours la guerre. Je fais toujours la guerre ».

Ce jour est d’autant plus propice au parallèle entre ces conflits que la fille de Maurice Genevoix était l’épouse de Bernard Maris assassiné lors de l’attaque de Charlie Hebdo.

Sont-elles mortes pour la France ces victimes innocentes de la fureur assassine des ennemis de notre Patrie ? On peut en discuter à l’infini.

Ils étaient civils, n’étaient pas préparés, ne se sont pas engagés, n’ont pas formellement défendu notre nation, ne se sont pas sacrifiés…

Mais ils ont été sacrifiés en haine de la France.

Dès lors qu’il s’agissait pour leurs assassins de frapper le pays tout entier. Dès lors qu’ils ont été tués, oui, en haine de la France, de ce qu’elle est, de ce qu’elle croit, de ce qu’elle protège…

Il me semble qu’on peut admettre qu’ils sont tombés pour elle.

Non pas au sens de lui offrir leurs vies, mais à sa place. Les traits de la France aujourd’hui sont ceux de ces victimes innocentes.

Péguy, dans un passage célèbre de « L’argent », en février 1913 a remarquablement dit ce que sont les enseignants pour la république « De tout ce peuple les meilleurs étaient peut-être encore ces bons citoyens qu’étaient nos instituteurs. Il est vrai que ce n’était point pour nous des instituteurs, ou à peine. C’étaient des maîtres d’école.”

Juste après, Péguy affirme que “Tout le monde a une métaphysique. Patente, latente. (…) Ou alors on n’existe pas. Et même ceux qui n’existent pas ont tout de même, ont également une métaphysique. Nos maîtres n’en étaient pas là. Nos maîtres existaient. Et vivement. Nos maîtres avaient une métaphysique. Et pourquoi le taire. Ils ne s’en taisaient pas. Ils ne s’en sont jamais tus. La métaphysique de nos maîtres, c’était la métaphysique scolaire, d’abord. Mais c’était ensuite, c’était surtout la métaphysique de la science, c’était la métaphysique ou du moins une métaphysique matérialiste (…), c’était une métaphysique positiviste, c’était la célèbre métaphysique du progrès. La métaphysique des curés, mon Dieu, c’était précisément la théologie et ainsi la métaphysique qu’il y a dans le catéchisme.

Nos maîtres et nos curés, ce serait un assez bon titre pour un roman. »

Charles Péguy en 1913 ne savait pas qu’il y aurait la guerre. Il ne savait pas qu’il tomberait au front dès les premiers combats… mais tout en lui était prêt à l’ultime sacrifice.

Charles Péguy en 1913 ignorait le caractère terriblement prémonitoire de son propos, annonçant cette mort sauvage qui après le curé a atteint le maître.

Oui nous devons en ce 11 novembre citer les noms du Père Hamel et de Monsieur Paty. Il y en a beaucoup d’autres mais ces deux là illustrent dramatiquement la réalité de ce qui se joue en ce moment. Nous sommes engagés dans un conflit d’ordre métaphysique.

Cette guerre dépasse infiniment ceux qu’elle terrasse et plonge ses racines bien au-delà de nous, bien au-delà de la France même. Une nouvelle guerre totale…que nous allons gagner même si le prix à payer sera certainement élevé. Il l’a déjà été.

Nous allons la gagner parce qu’au-delà de l’espace et du temps la cloche de Genevoix sonne encore. Ici et partout sur notre territoire, elle dit à nos ennemis d’aujourd’hui ce qu’elle disait à ceux d’hier

« Insensés, qui croyiez que la France pouvait mourir ! Ecoutez-moi : (…) Je vis… je vis…Quoi que vous ayez fait, je vis. Quoi que vous fassiez, je vivrai ! ».

Je vous remercie.

François Guy TRÉBULLE
Maire de Verrières-le-Buisson