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Céramiste

Bernard Leclerc

Verrières-le-Buisson

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En plein centre ville, près de la jolie Maison Vaillant et de son Orangerie désormais dédiée aux arts contemporains et sur laquelle, en voisin, Bernard Leclerc veille jalousement...

7 rue de Migneaux (près de l’église)
91370 Verrières-le-Buisson

Tél. 01 64 47 09 74

Stage tous les samedis de 15h à 18h... Pensez à réserver.


"L’enseigne de Bernard” [1]

La ruelle grimpe vers l’église. Une enseigne bleue se balance au vent :
“Céramique Bernard Leclerc. Entrée libre”.

Et en effet, la porte de bois plein est grande ouverte, à la fois accueillante et mystérieuse. Entrez, puisqu’on vous le dit ... Alors un ravissement vous saisira soudain, comme si quelque tapis volant vous avait transporté à l’autre bout du monde, dans un Japon rêvé et mythique.

Derrière un bassin tranquille où paressent des carpes anciennes se cachent des ateliers avec fours de terre réfractaire et tours de potiers, réserves d’argiles variés et pots de mixtures secrètes qui cuiront bientôt en glacis somptueux sur les dizaines d’objets tournés qui finissent de sécher sur les clayettes. Une ambiance de sérénité active et intemporelle enveloppe ce lieu intime et discret qui s’ouvre pourtant de temps en temps au public.
Mais pour l’heure vous attendez sagement dans la belle entrée, entouré de premières pièces que Bernard a décidé cette semaine là de mettre en exergue en les installant élégamment sur des meubles rustiques. L’artiste arrive bientôt du fin fond de son antre, les mains ocrées de terre fraîche. Et c’est avec bonhomie et simplicité qu’il vous raconte ses œuvres pourtant très souvent savantes et raffinées.

Sous sa houlette, on fait maintenant le tour des salles d’exposition qu’il a installées autour de cet ancien lavoir sauvé par ses propres mains, in extremis, de la disparition. Et c’est peu à peu, en flânant parmi l’imposante collection de ses travaux, que l’on comprend que Bernard Leclerc, dans la grande tradition des arts du feu a voulu et su résoudre une des équations de la médiévale alchimie, non pas la chimérique transmutation du plomb en or, mais la formule même de la genèse, celle qui consiste à trouver l’accord parfait entre la Terre, l’Eau, l’Air et le Feu, les fameux “Quatre éléments” [2], cette spéculation philosophique qui nous est parvenue de la Grèce antique.

Dans chaque salon, les céramiques sont disposées avec un soin extrême selon les couleurs, si subtiles et si originales, ou bien selon leurs leurs fonctions dont certaines sont d’être utiles et d’autres de n’être que d’exister en tant qu’œuvres d’art, tout simplement. Des œuvres qui, toutes, savent faire la subtile synthèse entre l’orient et l’occident, ou bien entre le baroque du 18ème siècle et le contemporain le plus dépouillé. Une sorte de condensé de l’histoire des arts décoratifs, mais ici sans la moindre pédanterie. Tout se joue sur une connaissance aiguë et sensible de la tradition de la poterie dont témoigne, accumulée dans une jolie pièce fermée mais visible depuis le hall, la belle collection des terres cuites autrefois en France et ailleurs, chinées avec passion par Bernard.

En plein centre ville, près de la jolie Maison Vaillant et de son Orangerie désormais dédiée aux arts contemporains et sur laquelle, en voisin, Bernard Leclerc veille jalousement, une visite chez le “potier de Verrières” - comme disent certains - s’impose pour apprécier encore mieux la qualité artistique et environnementale du village. Un village qui détient déjà un record dans l’Essonne quant à la densité des ateliers d’artistes. Et celui-ci est sans doute l’un des plus beaux...

Pierre GILLES

[1Pour paraphraser le titre d’un tableau célèbre d’Antoine Watteau : “À l’enseigne de Gersaint”...

[2À l’origine il s’agissait d’une hypothèse de certains philosophes grecs et notamment d’Empédocle d’Agrigente au IVe siècle av. J.-C., selon laquelle tous les matériaux constituant le monde seraient composés de quatre Éléments :

  • la Terre ;
  • l’Eau ;
  • l’Air ;
  • le Feu.

Chaque substance présente dans l’univers serait constituée d’un ou plusieurs de ces Éléments, en plus ou moins grande quantité. Ce qui expliquerait le caractère plus ou moins volatil, chaud, froid, humide, ou sec (= les quatre qualités élémentaires) de chaque matière. La théorie repose sur des arguments philosophiques et spéculatifs.

Les philosophes présocratiques ont imaginé une essence première en toute chose. Héraclite voyait dans le feu l’élément premier à l’origine de toute matière, Anaximène lui envisageait l’air comme essence de toute chose alors que Thalès préférait l’eau. Enfin, Empédocle, au début du Ve siècle avant notre ère, admis que les quatre éléments réunis composaient l’univers. Pour Démocrite l’univers était composé d’« atomes » (en grec « a-tomos », qui ne peut être coupé), c’est-à-dire de particules microscopiques insécables et éternelles, qui composeraient la matière comme des briques forment un mur et qui auraient la forme générale de l’objet (rond, pointu, concave...).

C’est à l’époque des croisades, au XIIe siècle en Terre Sainte, et de la reconquista en Espagne, que le savoir des Grecs et la théorie aristotélicienne des Éléments a pénétré en Occident par l’intermédiaire des Arabes. Or, ces derniers ont essentiellement conservé dans leurs écrits l’enseignement d’Aristote. Celui de Démocrite ne s’est pas transmis, et aujourd’hui encore, nous ne connaissons les textes de Démocrite que de manière lacunaire, à travers ce que certains auteurs, en particulier Aristote, nous en disent. Les scolastiques du Moyen Âge reprendront cette théorie à leur compte et l’incluront dans leur vision chrétienne du monde.

Mise en ligne le mercredi 31 décembre 2008
Modifiée le mercredi 14 septembre 2011